Minimiser les coûts d'alimentation
L’alimentation est l’un des facteurs les plus importants qui influencent la croissance et la santé des poissons. Il est donc très intéressant de minimiser les coûts d’alimentation, tout en assurant une alimentation suffisante et de bonne qualité pour garantir une bonne croissance et une bonne santé des poissons. On peut essentiellement nourrir les tilapias en fertilisant l’étang avec du fumier animal ou des matières végétales et en encourageant le développement de microalgues et d’autres micro‑organismes dans l’eau. Le développement approprié des microalgues et d’autres micro‑organismes constitue une source précieuse d’alimentation et permet d’augmenter le rendement des poissons. C’est pourquoi l’intégration de l’aquaculture à d’autres activités d’élevage est assez populaire sous les tropiques. Elle permet également de réduire considérablement les coûts d’alimentation. Pour fertiliser les étangs, on utilise du fumier de bovins, de porcs ou de volaille, soit pour fertiliser le fond des étangs avant de les remplir, soit pour enrichir l’eau des étangs en nutriments en ajoutant continuellement du fumier à l’eau. Sur la base de la fertilisation des étangs, le rendement en poissons peut être estimé à environ 30 à 50 kilogrammes pour 100 m² par an.
Nourrir les poissons avec des aliments artificiels (notamment de la farine ou de l’huile de poisson) pourrait les faire grandir plus vite, mais ces aliments sont chers et peuvent être difficiles à acheter en qualité biologique (en cas de certification biologique).
a. Fertilisation de l’étang par l’intégration de l’élevage d’animaux
L’élevage d’oiseaux aquatiques est un moyen simple et naturel de fertiliser un étang. Les canards et les oies sont des volailles attrayantes et particulièrement adaptées aux petits agriculteurs. En un an, on peut élever entre 120 et 150 canards sur 100 m² d’étang, le cycle de croissance des canards étant de deux mois. Pendant cette période, les canards produisent environ 4 à 6 tonnes de fumier. Les oiseaux peuvent être nourris avec de la jacinthe d’eau, des sous‑produits de céréales, des déchets de cuisine ou d’autres aliments végétaux. Pour équilibrer l’élevage des poissons et des canards, le rapport poissons/canards devrait être d’environ 200 à 20 ou 30 pour 100 m² ; et si l’on élève des oies, l’idéal est de 10 à 20 animaux pour 200 poissons pour 100 m².
Le fumier animal provenant de bovins, de porcs ou de volailles peut être ajouté directement au bassin, mais pour des raisons d’hygiène, un compostage préalable est recommandé. La préparation échelonnée du compost sur des tas séparés offre la possibilité d’une fertilisation continue de l’étang.
La fumure de l’étang doit être effectuée régulièrement par petites quantités, au lieu de jeter une grande quantité de fumier dans l’étang une fois par mois. C’est essentiel pour éviter l’appauvrissement en oxygène de l’eau de l’étang. Le meilleur moment pour ajouter du fumier se situe une ou deux heures après l’alimentation du matin. Il faut éviter d’épandre du fumier après le coucher du soleil pour éviter l’appauvrissement en oxygène dû à la consommation combinée d’oxygène par les algues dans l’obscurité et la consommation d’oxygène par les bactéries et les poissons. Le site de fumure doit être différent du site d’alimentation.
b. Nourrir les poissons par l’intégration de la production végétale
En alternative ou en complément de l’ajout de fumier dans l’étang, des matières d’origine végétale peuvent être utilisées pour nourrir les poissons à un niveau d’intensité de production faible. Les restes de fruits tels que la papaye ou la mangue font partie des aliments végétaux d’origine agricole. Il est préférable d’utiliser les feuilles et autres matières végétales pour préparer du compost avec du fumier animal. Dans le cas où la production de poisson est certifiée biologique, tous les intrants externes doivent provenir d’une ferme certifiée biologique. Les restes de la transformation des céréales, du soja, etc. peuvent être ajoutés directement dans l’étang, ce qui est bien mieux, ou bien être transformés en granulés.
Il existe une variété de plantes qui peuvent être utilisées pour l’alimentation supplémentaire des poissons. Citons par exemple le son de riz, le tourteau de soja, le tourteau de tournesol, les feuilles et les racines de manioc, les déchets de battage du sorgho et les déchets de mouture du maïs.
Lorsque l’on nourrit les poissons avec des plantes, il faut veiller à ne pas gâcher l’eau du bassin avec trop de plantes. Les matières végétales qui ne sont pas consommées par les poissons directement ou dans un court laps de temps augmentent la production de microalgues et la turbidité de l’eau. Les pisciculteurs doivent donc surveiller en permanence la turbidité de l’eau et le comportement des poissons.
Aliments faits maison
Les restes et les sous‑produits d’aliments tels que le son de riz et le tourteau de soja, ainsi que d’autres ingrédients tels que les macroalgues, doivent être séchés, mis en granulés et stockés séparément, afin d’éviter une détérioration rapide due à une teneur élevée en matières grasses. Pour produire l’aliment pour poissons, de l’eau doit être soigneusement ajoutée à un mélange de toutes les farines pour obtenir une pâte qui peut être transformée en granulés dans une simple presse à granulés. Le mélange des différentes farines doit contenir environ 1/3 de farine de manioc pour obtenir une bonne stabilité d’eau après le séchage des granulés au soleil. Le mélange des ingrédients doit également avoir une teneur élevée en protéines, de 25 à 30 % ou plus. La méthode des carrés permet de calculer facilement le rapport entre deux ingrédients différents dont la teneur en protéines est connue.
Si les intrants de l’exploitation ne sont pas disponibles pour fabriquer les granulés, les agriculteurs peuvent compter sur la production de l’étang lui‑même (et la soutenir avec des intrants fertilisants ou des restes de nourriture des agriculteurs voisins, si possible). Ils peuvent sinon utiliser des aliments composés commerciaux. Les aliments commerciaux doivent être adaptés aux tilapias et contenir peu ou pas de farine de poisson. Si les agriculteurs souhaitent vendre leur poisson comme étant biologique sur un marché régional, ils doivent utiliser un aliment certifié biologique, ce qui peut être difficile à obtenir. S’ils ont la possibilité de coopérer avec un producteur d’aliments pour poissons, ils peuvent essayer d’obtenir un aliment composé conforme aux exigences biologiques. Ces aliments doivent être composés de matières premières exemptes d’OGM, qui n’ont pas été traitées avec des pesticides, des fongicides ou autres et qui sont produites conformément à la réglementation biologique. Les aliments composés présentent l’avantage d’être plus digestes et plus sains que la plupart des aliments faits maison ou des aliments fabriqués à partir d’un seul sous‑produit (par exemple, le son de riz). Le coût de ces aliments est plus élevé, mais le résultat de l’exploitation (le volume de capture annuelle) pourrait être bien meilleur.
Comment calculer les besoins alimentaires ?
En connaissant le nombre d’alevins stockés dans un étang, le fermier peut calculer la biomasse de poissons dans l’étang à un moment donné, sur la base du poids moyen des poissons. Ce suivi est important pour déterminer la quantité correcte de nourriture nécessaire pour les poissons. Par exemple, 5 % du poids corporel en nourriture donne 4 kg de nourriture au début de la période de grossissement (en calculant sur la base de 4 000 alevins de 20 g chacun) et environ 55 kg à la fin de la période de grossissement (en calculant avec 3 600 poissons adultes de 300 g chacun). Pendant la période de grossissement d’environ huit à dix mois, cette augmentation du poids corporel et des besoins alimentaires n’est pas linéaire, mais suit une courbe qui a pu être déterminée en pesant fréquemment les poissons.

