Compléments fertilisants
En dépit d’une bonne gestion de la matière organique du sol, l’utilisation d’engrais organiques ou minéraux, fabriqués à la ferme ou commerciaux, peut être recommandée pour remédier à certaines carences en nutriments. Les carences peuvent être dues à un déséquilibre du pH du sol ou à la libération lente des éléments nutritifs provenant d’une source organique. Des sols secs ou des sols froids en haute altitude peuvent intensifier le problème. Avant de choisir un engrais spécifique, les agricultrices et agriculteurs doivent connaître la raison du problème. L’utilisation d’engrais externes ne devrait constituer que la dernière étape d’une approche intégrée de gestion de la fertilité des sols et de la nutrition des plantes. S’en remettre à un mauvais engrais peut représenter un gaspillage d’argent. En cas de signes de carences en nutriments ou de ralentissement de la croissance, les engrais organiques liquides fabriqués à la ferme peuvent stimuler la croissance des plantes. De tels engrais liquides sont simples à produire et sont disponibles gratuitement.
Engrais liquides naturels
Les engrais liquides sont utiles pour remédier aux carences temporaires en nutriments et pour stimuler la croissance des plantes. Ils peuvent être produits à partir de fumier, de compost ou de matières végétales vertes : le purin de fumier est fabriqué à partir de fumier frais, le thé de compost à partir de compost mûr et le purin de plantes à partir de matières végétales riches en azote. Le purin de fumier et le purin de plantes constituent tous deux une source rapide d’azote, tandis que le thé de compost est un engrais général plus équilibré sur le plan nutritionnel.
Les engrais liquides sont principalement appliqués sur les cultures maraîchères, mais ils peuvent également être utilisés pour les céréales et d’autres cultures. Bien que tous ces engrais liquides puissent être fabriqués de la même manière, il n’est généralement pas recommandé d’appliquer le purin de fumier par pulvérisation foliaire ; il convient plutôt à une application à la base des plantes. Si le purin de fumier est appliqué sur les feuilles de cultures maraîchères destinées à être consommées crues, un délai d’attente avant la récolte d’au moins 100 jours doit être respecté afin d’éviter le risque de transfert de pathogènes humains et animaux.
L’application d’engrais liquides sur les feuilles constitue une option intéressante en cas de carences en nutriments, car les plantes absorbent les éléments nutritifs environ 20 fois plus vite par les feuilles que par les racines. En plus de favoriser la santé et la productivité des cultures, les engrais liquides appliqués sur les feuilles peuvent également agir comme un répulsif efficace contre les insectes suceurs et perturber le cycle de vie de certains insectes suceurs de sève dès le stade d’œuf. Ils peuvent aussi interférer avec les spores fongiques.
Procédure pour faire du purin de plantes
Pour faire du purin de plantes, des matières riches en nutriments sont trempées dans de l’eau pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines pour subir une fermentation. Un brassage fréquent favorise l’activité microbienne. Le liquide ainsi obtenu peut être utilisé comme engrais foliaire ou appliqué au sol. Comment faire du purin de plantes?
- Hacher des matières végétales vertes issues de plantes telles que Tithonia, le pois mascate ou tout autre végétal succulent, puis les mettre dans un baril ou tout autre récipient de taille convenable jusqu’à ce qu’il soit rempli aux ¾. Remplir le baril d’eau et le garder à l’ombre ou le couvrir pour éviter une évaporation excessive.
- Remuer tous les 3 jours ; le mélange sera prêt à être appliqué au bout de 15 jours environ.
- Retirer les restes des matières végétales, tamiser le mélange et diluer le purin avec 2 volumes d’eau pour chaque volume de purin. Utiliser le mélange dilué en tant que traitement de surface en appliquant entre ¼ et ½ litre par plante aussi longtemps que nécessaire. Couvrir le reste du mélange non dilué et le conserver dans un endroit frais.
Procédure pour faire du purin de fumier
Pour faire du purin de fumier, on peut utiliser du fumier frais de bovins, de poules, de caprins, d’ovins, de lapins ou un mélange de tous ces fumiers. La procédure à suivre est la suivante : 1. Remplir un sac avec environ 50 kg de fumier et le fermer solidement à l’aide d’une corde. Accrocher le sac de fumier à une perche placée au-dessus d’un baril d’une capacité de 200 litres, de sorte qu’il soit suspendu dans le baril, puis remplir le baril d’eau. 2. RRecouvrir le baril d’un film en polyéthylène pour éviter que l’azote ne s’échappe et le laisser à l’abri de la lumière. 3. Remuer le mélange dans le baril tous les 3 à 5 jours en soulevant le sac plusieurs fois à l’aide de la perche pour le sortir partiellement de l’eau et l’immerger à nouveau. 4.Au bout de 2 à 3 semaines, l’eau sera devenue foncée et la plupart des nutriments auront été dissous dans l’eau. Plus la couleur est foncée, plus le mélange est concentré. Il est alors prêt à l’utilisation. Retirer du baril le sac contenant les restes de fumier. La solution aqueuse est prête à être diluée pour être appliquée. 5. Diluer le purin de fumier avec 2 volumes d’eau pour 1 volume de purin. Toutefois, si le purin de fumier est très concentré (très foncé), utiliser 3 volumes d’eau pour 1 volume de purin. 6.Appliquer le purin de fumier sur les cultures à raison de ¼ à ½ litre par plante en commençant 2 à 3 semaines après la plantation. Appliquer le purin de fumier autour de la tige et non sur les feuilles. Répéter l’application toutes les 3 à 4 semaines. Éviter l’application en plein soleil en raison du risque élevé de brûlures des feuilles et de pertes de nutriments. L’appliquer tôt le matin ou par temps nuageux.
Application du thé de compost
On peut utiliser le thé de compost sans le filtrer, en l’appliquant directement au sol, au pied des plantes.
S’il est utilisé en pulvérisation foliaire, il doit, en revanche, être filtré à travers un tissu à mailles fines, puis dilué avec de l’eau de puits ou de pluie de bonne qualité, dans un rapport de 10 volumes d’eau pour 1 volume de thé. La couleur doit être celle d’un thé léger. L’ajout de ⅛ cuillère à soupe d’huile végétale ou d’un liquide vaisselle par gallon (3,78 l) aide le liquide pulvérisé à adhérer aux feuilles. L’application sur les feuilles ne doit pas être effectuée pendant les heures chaudes de la journée ; il est préférable d’effectuer le traitement tôt le matin ou par temps nuageux. Après des précipitations, il convient de renouveler l’application.
Exercice de groupe proposé : Engrais organiques commerciaux
Demandez aux agriculteurs de dresser une liste des engrais organiques commerciaux couramment disponibles dans la région. Discutez de certaines expériences d'agriculteurs qui les ont utilisés et des résultats obtenus.
Engrais commerciaux autorisés en agriculture biologique
Selon les « Normes IFOAM pour la production et la préparation en agriculture biologique », l’application d’engrais commerciaux (y compris la chaux) est autorisée en agriculture biologique certifiée, avec certaines restrictions. Alors que les engrais synthétiques tels que l’urée ne sont pas autorisés, l’utilisation d’engrais commerciaux doit être justifiée par des recommandations faites suite aux analyses des sols ou des plantes. Les engrais commerciaux ne doivent être appliqués que sous leur forme naturelle et utilisés en combinaison avec d’autres techniques telles que l’apport de matières organiques appropriées, la culture d’engrais verts, la rotation de cultures et les plantes fixatrices d’azote.
Différents engrais commerciaux disponibles sur les marchés sont produits à partir de substances naturelles et ne contiennent pas de résidus chimiques. Toutefois, pour la plupart des agricultrices et agriculteurs africains, les engrais organiques commerciaux sont difficilement accessibles, principalement en raison d’obstacles économiques et physiques. En outre, ces engrais ont tendance à être assez chers. Par conséquent, ils ne doivent être appliqués que lorsque la culture d’engrais verts et l’apport de compost ne sont pas envisageables ou n’ont pas fourni suffisamment de nutriments aux plantes, ou encore lorsque les cultures présentent des symptômes de carences spécifiques. En agriculture biologique certifiée, il est de la responsabilité de l’agricultrice ou de l’agriculteur de se renseigner auprès de ses collègues agriculteurs biologiques, des formateurs ou des agents de son organisme de certification, si un engrais donné est naturel ou non.
Dans de nombreuses régions où il est possible d’apporter de la chaux, dans le cas de sols acides, et du soufre, dans le cas de sols alcalins, une approche conventionnelle serait possible, même si elle ne représente pas la meilleure solution. Cependant, compte tenu des contraintes auxquelles les agricultrices et agriculteurs africains sont confrontés pour accéder aux engrais en général, le chaulage ou le sulfurage à grande échelle semblent constituer une approche non durable pour résoudre le problème. Ainsi, en règle générale, avant d’être appliqués, les engrais organiques commerciaux doivent être soit mélangés à d’autres matières organiques issues de la ferme soit compostés.
Selon les East African Organic Product Standards (2007), les agricultrices et agriculteurs biologiques d’Afrique de l’Est peuvent utiliser les engrais suivants d’origine minérale : scories de déphosphoration, amendements calciques et magnésiens, calcaire, gypse, marne, maërl, craie, chaux au sucre de betterave, chlorure de calcium, roche magnésienne, kiésérite et epsomite (sulfate de magnésium), potassium minéral (sulfate de potasse, muriate de potasse, kaïnite, sylvanite, patentkali, etc.), phosphates naturels, poudres de roches, argile (bentonite, perlite, vermiculite, zéolite, etc.), chlorure de sodium et soufre. Cette liste exclut le nitrate du Chili.
Les agricultrices et agriculteurs sont invité·es à consulter les agent·es de vulgarisation ou les agent·es de leur organisme de certification avant d’utiliser l’un de ces engrais, car les conditions spécifiques peuvent varier.
Engrais organiques commerciaux
Les engrais organiques commerciaux sont pour la plupart des sous-produits de la transformation des produits agricoles ou des déchets de l’industrie alimentaire. Il s’agit, par exemple, de tourteaux (de soja, de tournesol, de neem, d’arachide), de fumier de poule en granulés, de sous-produits de brasserie, de pelures de fruits, de parches de café, de copeaux et de poussières de bois, de balles de riz, de cendres de plantes, de farine d’os, de farine de plumes, de farine de poisson, de farine de corne et de sabot et aussi de composts commerciaux.
Engrais minéraux commerciaux
Les engrais minéraux autorisés en agriculture biologique proviennent de ressources naturelles terrestres. Ils comprennent la chaux, la poudre de roche, le phosphate naturel, le gypse, le sulfate de potassium et de magnésium, le nitrate de sodium, la vermiculite et d’autres ressources naturelles comme le guano de chauve-souris.
Engrais microbiens
Les micro-organismes jouent un rôle crucial dans le sol en fournissant des éléments nutritifs aux plantes. Certains microbes apportent des nutriments au sol par minéralisation, d’autres fixent de l’azote atmosphérique. Ces derniers comprennent les bactéries des genres Rhizobium, Azospirillum et Azotobacter. D’autres microbes encore, par exemple les champignons mycorhiziens, contribuent à fournir du phosphore aux plantes. Les espèces du genre Pseudomonas constituent un groupe diversifié de bactéries qui peuvent utiliser un large éventail de composés que les plantes libèrent lorsque leurs racines sont blessées ou meurent. Elles sont capables de solubiliser le phosphore et peuvent contribuer à lutter contre les maladies des plantes transmises par le sol.
Certains agriculteurs et certaines entreprises recommandent l’apport de micro-organismes au sol pour améliorer les processus de décomposition et lutter contre les maladies. Ces engrais microbiens sont généralement vendus sous forme de produits prêts à l’emploi pour être appliqués en pulvérisation ou par l’eau d’irrigation ou pour être mélangés au compost. Ces produits contiennent des micro-organismes vivants et doivent donc être stockés et appliqués avec précaution. Les produits microbiens doivent être utilisés avant leur date de péremption. Il est recommandé de déterminer d’abord l’effet de ces produits en les testant à petite échelle et en comparant les résultats obtenus avec les parcelles non traitées.
Les engrais microbiens ne peuvent pas remplacer les bonnes pratiques de gestion des sols à la ferme. La plupart des bactéries, champignons et autres micro-organismes sont naturellement présents dans le sol et leur développement peut être favorisé grâce à un apport approprié de compost.





