Introduction
Comment relever les défis de la conversion au bio ?
On parle de conversion à l’agriculture biologique pour désigner le processus d’apprentissage et de mise en œuvre de changements à apporter à l’exploitation afin de la rendre plus durable et plus proche de l’état naturel. Dans la pratique, ce processus dépend à la fois des données locales et des prédispositions de l’exploitant ou de la communauté concernée et varie donc d’une exploitation à l’autre. La conversion sera d’autant plus aisée que le paysan maîtrisera mieux les concepts et la pratique du bio, qu’il saura mettre à profit les ressources propres de l’exploitation ou d’autres ressources locales pour maintenir la fertilité des sols et pour endiguer les ravageurs et les maladies et que son exploitation sera déjà “biologique”. Même si le terrain qu’on entend convertir à l’agriculture biologique ne doit pas répondre à des exigences particulières, il est par exemple évident que la conversion d’un sol dégradé en un système de production durable et fournissant des récoltes satisfaisantes demandera davantage d’efforts et de patience.
Comment convertir une exploitation de ce type ?
Visite de l'exploitation ou discussion sur les défis de la conversion d'une exploitation à gestion intensive
Visitez une ferme conventionnelle qui a été convertie à l'agriculture biologique, si possible. Laissez l'agriculteur partager son expérience de la conversion de la ferme. Quels défis a-t-il dû relever ? Quels avantages ont résulté de la conversion ? Quelles recommandations donnerait-il à d'autres agriculteurs conventionnels intéressés par la conversion ?
Vous pouvez également comparer le scénario d'une ferme gérée de manière intensive avec celui d'une ferme biologique. Discutez avec les agriculteurs des différences entre les deux scénarios. Quels sont les défis et le potentiel qu'ils reconnaissent dans la conversion ?
a. Exploitations à forts apports d’intrants externes
La majorité des exploitations intensives et à forts apports d’intrants d’origine externe d’Afrique sont des domaines relativement vastes. Les exploitations de ce type cultivent en général seulement un petit nombre de plantes annuelles ou vivaces. Ces cultures commerciales exigent d’importants apports d’engrais pour assurer leur croissance et de grandes quantités de pesticides et d’herbicides pour maîtriser ravageurs, maladies et adventices. Sur ces exploitations, les plantes sont souvent cultivées sans rotation planifiée des cultures et les animaux de la ferme ne sont pas intégrés dans le cycle des nutriments. La diversification y est habituellement faible. Les arbres et les buissons y ont généralement été coupés pour faciliter une mécanisation extensive et les cultures y sont généralement des monocultures.
Défis potentiels pour la conversion d’exploitations de ce type :
Mettre en place un système d’exploitation diversifié et équilibré, capable d’autorégulation, prend usuellement plusieurs années.
La restauration de la fertilité naturelle des sols peut demander des efforts importants et l’incorporation de quantités considérables de matière organique.
L’abandon des apports élevés d’engrais produits hors de l’exploitation se traduit par une baisse des récoltes durant les premières années de la conversion, jusqu’à ce que les sols retrouvent leur fertilité et que les récoltes retrouvent un niveau correct.
Les approches et pratiques culturales nouvelles impliquent habituellement tout un apprentissage et l’observation assidue du développement des cultures et de la dynamique au niveau des ravageurs, des maladies et des ennemis naturels des cultures.
Comment convertir une exploitation de ce type ?
Diversifier le système d’exploitation. Sélectionner des cultures annuelles adaptées à la région et d’organiser une rotation planifiée entre elles. Incluez les légumineuses dans la rotation tels que des pois ou des légumineuses fourragères, afin de fournir de l’azote aux cultures suivantes. Installer des haies et des bandes fleuries, afin de stimuler le développement des ennemis naturels et de lutter contre les ravageurs.
Commencer à recycler les sous-produits, précieux, de l’exploitation et lancer une production de compost sur l’exploitation avec les résidus de récolte et du fumier, si disponible, puis incorporer ce compost à la couche superficielle du sol. La matière organique stable ainsi introduite améliore la structure du sol ainsi que sa capacité à nourrir les plantes et à stocker l’eau. Les engrais verts peuvent produire des quantités de matières végétales qui serviront de nourriture aux organismes vivant dans le sol et contribueront à restaurer la fertilité du sol.
L’intégration d’animaux de ferme au système permettra de mettre à profit les précieux engrais naturels qu’ils produisent et de diversifier les recettes de l’exploitation en commercialisant des produits animaux.
La culture des couvre-sols est importante, car de même que l’épandage de mulch, ils permettent de protéger le sol dans les cultures pérennes.
Évaluation des pratiques agricoles locales
Renseignez-vous sur le mode de culture des agriculteurs en leur posant les questions suivantes :
- Comment fertilisez-vous vos sols ?
- Comment gérez-vous les parasites et les maladies ?
- Quelles cultures faites-vous ?
- Avez-vous des animaux de ferme ?
- Cultivez-vous des aliments pour la subsistance uniquement ou également pour le marché ?
- Si vous cultivez pour le marché, à quel(s) marché(s) vendez-vous ?
b. Exploitations à faibles apports d’intrants externes
Les paysans qui n’utilisent que peu d’intrants externes et pratiquent une agriculture traditionnelle cultivent parfois un grand nombre de plantes différentes sur une même parcelle, dans un système dense de culture mixte, alternant au hasard les cultures. Ils élèvent peut-être aussi quelques animaux, poules et chèvres par exemple, dont les excréments sont laissés sur l’aire d’affouragement et ne profitent que peu aux jardins ou qu’ils possèdent quelques arbres, exploités de manière extensive pour le bois de feu et la production de charbon de bois. Les feux de broussaille et le brûlage de déchets domestiques sont peut-être usuels, surtout au moment de la préparation du sol. Il est possible qu’ils n’utilisent que peu ou pas d’engrais ni de pesticides parce trop chers ou difficiles à obtenir. Leurs récoltes sont probablement faibles et de plus en plus problématiques à cause de pluies aléatoires et insuffisantes. Les récoltes suffisent éventuellement tout juste à nourrir la famille, avec un petit surplus que l’on pourra vendre.
Visite d'une ferme sur les défis de la conversion d'une ferme gérée de manière traditionnelle
Sinon, avec les agriculteurs, caractérisez l'agriculture traditionnelle telle qu'elle est pratiquée dans le contexte local et comparez-la à celle de l'exploitation biologique. Discutez avec les agriculteurs des différences entre les deux images. Quels sont les défis et le potentiel qu'ils reconnaissent dans la conversion ? Visitez une ferme conventionnelle qui a été convertie à l'agriculture biologique, si possible. Laissez l'agricultrice partager son expérience de la conversion de la ferme. Quels sont les défis qu'elle a dû relever ? Quels avantages ont résulté de la conversion ? Quelles recommandations ferait-elle à d'autres agriculteurs conventionnels intéressés par la conversion ?
Comment convertir une exploitation de ce type ?
Les fermes traditionnelles fonctionnent déjà selon certains principes de l’agriculture biologique, en ne dépendant que des ressources locales, cultivant plusieurs espèces végétales simultanément et gérant plusieurs activités, élevage d’animaux de ferme inclus. Cette similarité avec la production bio est encore accentuée par le fait qu’elles n’utilisent que peu ou pas d’intrants synthétiques ni de plantes génétiquement modifiées. Toutefois, d’autres pratiques distinguent clairement ces exploitations des exploitations bio. La conversion devra relever les défis suivants : :
Éviter de brûler les résidus de récolte, pratique généralement inadéquate parce que détruisant une matière organique précieuse et nuisant aux organismes du sol.
Mettre en place des systèmes de diversification bien organisés incluant une rotation “planifiée” ainsi que des cultures intercalaires.
Accumuler des connaissances théoriques et pratiques reposant sur une utilisation efficace des ressources propres de l’exploitation, spécialement par la production de compost qui servira à gérer et à améliorer la fertilité du sol.
Éviter l’abattage non-sélectif d’arbres pour le bois de chauffage et pour la production de charbon de bois.
Mettre en place un système de récolte de fumier animal, qui sera destiné au compostage.
Appliquer des mesures pour prévenir les pertes d’érosion et la dessication du sol.
Veiller à bien respecter les exigences d’alimentation et de santé des animaux de ferme.
Prévenir l’infection des grains par des agents infectieux, développer les connaissances sur les cycles des maladies et les mesures de prévention correspondantes.
Prévenir les pertes lors de la récolte et du stockage des denrées.
Recommandations prioritaires sur la conversion :
Mettre en œuvre la rotation planifiée des cultures et les systèmes de cultures intercalaires en combinant plantes annuelles et vivaces, y compris des légumineuses servant à la fois d’engrais verts et de cultures de couverture. Associée à des variétés judicieusement sélectionnées ou résistantes, cette mesure permet de mieux combattre les ravageurs et les maladies.
Intégrer correctement les animaux au système d’exploitation. Les ruminants pourront profiter du fourrage supplémentaire produit par les légumineuses arborescentes fixatrices d’azote plantées entre les cultures annuelles, dont elles amélioreront en outre les conditions de croissance. Une amélioration de l’habitat est en outre indispensable pour faciliter la récolte d’engrais animaux pour les champs.
Améliorer la fertilité des sols par exemple en leur incorporant du bon compost. Le compost est un fertilisant de grande valeur en agriculture biologique. Au lieu de brûler les résidus de récolte, on peut les récolter pour fabriquer du compost ou les incorporer directement au sol. Il faut régulièrement récolter et composter le fumier animal et les matières végétales.
Cultiver des légumes fixant l’azote intercalés avec les cultures annuelles est une autre possibilité de nourrir à la fois le sol et les plantes.
D’autres mesures visant à prévenir l’érosion devraient être mises en œuvre, par exemple le creusement de tranchées ou la plantation d’arbres en travers des coteaux et la couverture du sol par des végétaux, vivants ou morts.
c. Exploitations mixtes
Certaines exploitations mixtes associent cultures végétales et animaux de ferme, le fumier est récolté puis maturé pendant plusieurs semaines pour utilisation ultérieure comme engrais dans les jardins. Certaines ont déjà mis en place des mesures de conservation du sol tel le mulching dans les cultures de plantes vivace ou encore le creusement de tranchées anti-érosion. Elles recourent parfois aussi aux herbicides, aux pesticides et à des semences traitées pour contrôler les adventices croissant dans les cultures de fruitières ou maraîchères.
Les agriculteurs gérant de telles exploitations mixtes connaissent visiblement certaines pratiques d’agriculture biologique. Ils auront donc de la facilité pour assimiler de nouvelles méthodes, observées chez d’autres fermiers ou enseignées par un formateur dans le but de gérer la totalité de l’exploitation selon les principes du bio.
Recommandations prioritaires pour la conversion à l’agriculture biologique :
Mettre en œuvre des pratiques bio pour gérer le sol et contrôler les adventices en renonçant aux herbicides. Planter par exemple des légumineuses comme couvre-sol dans les vergers ou mettre en place une rotation planifiée des cultures incluant des engrais verts ou des plantes fourragères pour supprimer les adventices.
Améliorer le recyclage des nutriments présents sur l’exploitation, qu’ils soient d’origine animale ou végétale, en faire un meilleur usage, par exemple les mélanger aux résidus de culture pour fabriquer du compost. Améliorer le stockage du fumier pour éviter la perte de nutriments.
Utiliser des semences non traitées aux pesticides, s’il y en a. N’utiliser que des semences saines et se familiariser avec les possibilités de traiter les semences sans recours à la chimie.
Se familiariser avec les approches et les méthodes de gestion naturelle des ravageurs et des maladies. S’informer à propos des auxiliaires (insectes) et observer la dynamique des populations de ravageurs par une surveillance régulière durant la phase de croissance des plantes.
Continuer à diversifier le système d’exploitation pour améliorer la productivité du terrain et favoriser les auxiliaires et les araignées en leur offrant un habitat.
d. Terrains dégradés
Le terrain peut être dégradé suite à des cultures itinérantes, de surpâturage, de surexploitation ou de déforestation, de salinisation après des années d’irrigation intensive à partir d’eau phréatique, d’engorgement des sols et d’inondation. Des terrains de ce genre peuvent exiger des efforts et de la patience pour la restauration de bonnes conditions de croissance. Notons que les pratiques de l’agriculture biologique constituent une excellente approche pour leur récupération. Il faut parfois recourir à des techniques spéciales pour enrayer la dégradation ou pour restaurer la fertilité des sols, par exemple le creusement de terrasses et l’ensemencement de jachères intensives avec des espèces de légumineuses d’engrais vert capables d’une bonne croissance sur des sols pauvres.
De nombreux essais montrent que l’agriculture biologique constitue une approche prometteuse pour l’amélioration de l’état de terres dégradées et pour leur remise en production. Le plus souvent, l’augmentation du taux de matière organique joue un rôle clé dans l’amélioration qualitative des sols dégradés.
Sur des sols nus et érodés, pentus, l’agriculture biologique propose le creusement de terrasses (par exemple des ‘fanya juu’). Pour créer une fanya juu («Jeter le sol en l’air» en Kiswahili), on creuse des tranchées le long des reliefs en rejetant la terre vers l’amont pour créer des digues, que l’on stabilise ensuite à l’aide de plantes fourragères telles que l’herbe à éléphant ou napier (Pennisetum purpureum) et des arbres d’agrosylviculture à plusieurs fins. L’espace entre les digues est cultivé et, avec le temps, les fanya Juu se transforment en terrasses. Ces remblais sont utiles dans les zones semi-arides pour récupérer et stocker l’eau. Les engrais verts et le compost peuvent en outre être utilisés pour constituer davantage de sol et y soutenir la croissance des plantes et les rendements.
Les sols salins ont de fortes teneurs en sels solubles dans l’eau, qui inhibent la germination des semences et la croissance des plantes. Ces sels peuvent s’être accumulés en raison d’une utilisation exagérée d’eau d’irrigation, tout spécialement dans les zones arides et semi-arides. Ces teneurs peuvent être lentement réduites grâce à une bonne irrigation et à l’amélioration de la structure des sols avec du compost, afin de drainer et évacuer naturellement l’excédent de sel. On peut, dans un premier temps, y cultiver des plantes tolérantes au sel.
Les sols acides peuvent être régénérés par l’ajout de chaux et d’un bon compost.
Les sols ayant souffert d’inondation peuvent être améliorés par le creusement de canaux de drainage servant à évacuer l’excédent d’eau.
Pour davantage d’informations sur les méthodes de conservation des sols et d’amélioration de leur fertilité , cliquez ici.
Visite de ferme sur la régénération des terres dégradées
Emmenez les agriculteurs rendre visite à un agriculteur qui a fait des efforts pour arrêter l'érosion et qui a amélioré son sol avec du compost, des engrais verts ou des cultures de couverture légumineuses. Laissez-la partager son expérience. Comment a-t-elle commencé ? Quelles mesures se sont avérées efficaces pour régénérer la terre ? Quelles leçons a-t-elle tirées ? Discutez des difficultés et des réussites avec l'agriculteur.
Étude de cas : Projet Tigré, Éthiopie – amélioration des terres dégradées grâce aux techniques de l’agriculture biologique
Quatre villages de la région éthiopienne du Tigré ont décidé en 1995 de remplacer les engrais de synthèse par du compost dans le but d’améliorer la fertilité des sols et la qualité des récoltes. En 12 ans, le gouvernement a étendu le projet et l’approche à 165 districts de cette région du pays. Les effets positifs du compost ont très vite été visibles, et il n’a fallu que 2 à 3 années pour que les fermiers n’utilisent plus que du compost. Cette technique a de manière générale doublé les rendements des cultures céréalières comparé aux parcelles sans compost et donnait même de meilleurs résultats que les engrais de synthèse. Grâce à l’amélioration de la fertilité du sol et de sa capacité de rétention d’eau, les paysans ont pu diversifier les cultures, améliorer la résilience de leurs fermes, mieux nourrir leurs familles et de créer de nouvelles sources de revenus.
Défis climatiques de la conversion
Il est plus difficile de convertir à l’agriculture biologique une exploitation située dans une région à précipitations faibles et températures élevées ou encore très venteuse qu’une ferme d’une région aux précipitations bien réparties et bénéficiant de températures favorables. En même temps, les améliorations résultant de l’adoption de pratiques culturales biologiques seront plus évidentes dans une zone aride que dans une zone où les précipitations sont idéales. Ainsi par exemple, le compost utilisé pour améliorer la couche de terre superficielle ou dans les trous de plantation en améliore la capacité de rétention d’eau, de même que la tolérance des plantes au manque d’eau.
Si le climat est très chaud et sec, les pertes d’eau par la transpiration des plantes et l’évaporation des sols sont très élevées. Ces pertes peuvent encore être accentuées sous l’effet de vents forts, qui favorisent de plus l’érosion. Comme la production de biomasse est faible, le taux de matière organique dans les sols est généralement faible et la disponibilité de nutriments pour les plantes très réduite.
Dans de telles conditions, l’élément clé pour augmenter la productivité est de protéger le sol des forts rayonnements et vents et d’y augmenter les apports de matière organique et eau. La part de matière organique du sol peut être augmentée par l’ajout de compost ou en cultivant des engrais verts. En cas de production de compost, le défi est d’augmenter la production de biomasse nécessaire à la fabrication du compost.
Dans les régions à climat chaud et humide, à forte production de biomasse épigée et décomposition rapide de la matière organique contenues dans le sol, les nutriments sont d’une part facilement accessible pour les plantes, mais courent d’autre part un grand risque de lessivage et donc de perte. Dans de telles conditions, il est important de parvenir à un équilibre entre la production et la décomposition de la matière organique pour éviter un épuisement du sol. L’approche la plus probante consiste à combiner différentes mesures de protection et d’enrichissement du sol en matière organique. A cet effet, il faut prévoir de créer un système de culture diversifié à plusieurs niveaux comprenant idéalement des arbres, des plantes fixatrices d’azote dans les vergers et des apports de compost visant à enrichir le sol en matières organiques et améliorer ainsi sa capacité de rétention de l’eau et des substances nutritives.
Discussion sur les défis liés au climat
Demandez aux participants comment ils décriraient le climat local. Quels sont les principaux défis liés au climat pour l'agriculture ? Avez-vous constaté des changements dans les saisons des pluies et des sécheresses ou dans les températures au cours des dernières années ? Voyez-vous des solutions pour surmonter les limitations dues au climat ?
Défis sociaux et culturels de la conversion
Outre les aspects purement agricoles et écologiques, la conversion à la production biologique implique aussi d’importants aspects sociaux et culturels. Dans la plupart des communautés africaines, les activités agricoles comportent un fort élément communautaire et sont hautement estimées. Les décisions sur les plantes à cultiver, la manière de les cultiver et les sites de production sont prises soit par la famille tout entière, soit par l’ensemble de la communauté. Ainsi, un changement de mode de production tel que l’introduction des principes de l’agriculture biologique doit être discuté avec la famille et la communauté. Parmi les éléments clés à considérer, il faut notamment tenir compte des idées, des objectifs et des attentes des divers membres de la famille au sujet d’une éventuelle conversion à l’agriculture biologique. La famille ou la communauté agricole doit se rassembler pour trouver un consensus sur les objectifs poursuivis par leur conversion à l’agriculture biologique. Il faut tenir compte de divers points, notamment des recettes générées, de la disponibilité de nourriture pour l’autoconsommation, de la quantité de bois de feu produite sur l’exploitation et de la quantité de travail que devra fournir chaque membre du groupe.
Sensibilisation à la motivation personnelle pour la conversion
Demander aux agriculteurs de partager leur vision et leurs objectifs personnels en matière d'agriculture biologique, en utilisant les questions suivantes :
- Pourquoi n'êtes-vous pas satisfait de votre mode d'agriculture actuel ? Avez-vous une vision pour votre future ferme ou jardin ? Partagez-vous la même vision avec le reste de la famille ?
- Quelles sont vos attentes vis-à-vis de l'agriculture biologique ?
- Que devez-vous savoir pour pratiquer avec succès l'agriculture biologique ?
Défis de la conversion au niveau économique
La décision de passer à la production bio est usuellement un engagement pour le futur : si un fermier et sa famille décident de se convertir au bio, c’est dans le but d’améliorer leur revenu et leur existence.
Dans une première phase toutefois, le processus de conversion peut nécessiter des investissements, par exemple l’achat d’un équipement approprié pour cultiver le sol, pour lutter contre les adventices et pour fabriquer du compost. Il peut aussi être recommandé d’acheter des animaux ou des semences spéciales dans le but de diversifier la production. Il faut éventuellement aussi améliorer l’hébergement des animaux, le stockage du fumier ou l’entreposage des produits de la ferme.
Du travail supplémentaire doit éventuellement aussi être fourni pour la construction de structures antiérosives ou d’installations de compostage. Enfin, la décision de devenir agriculteurs bio inclut nécessairement la volonté d’améliorer les efforts de marketing. La conversion à l’agriculture biologique exige aussi du temps et requiert un travail d’apprentissage et de mise en place d’une infrastructure de marketing, par exemple la construction d’un magasin de ferme ou la recherche de nouveaux acheteurs. Toutes ces exigences et l’importance des investissement dépendent naturellement de la taille de l’exploitation, de l’intensité de la production et des débouchés commerciaux visés.
L’agriculture bio implique-t-elle une baisse des rendements ?
Les expériences réalisées jusqu’à présent en Afrique montrent que l’agriculture biologique est en mesure de produire des rendements comparables, voire supérieurs à l’agriculture conventionnelle. Sur le long terme, les améliorations les plus marquantes s’observent sur des sols dégradés. La plupart des exploitations africaines étant petites et avec un accès limité aux intrants de synthèse, elles augmentent normalement leurs rendements très vite une fois qu’elles ont passé au bio.
Une analyse de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, 2007) montre que les cultures annuelles bio des régions tropicales humides ont des rendements comparables à celles des cultures conventionnelles. Par contre, les pertes de récoltes dans les cultures pérennes peuvent être considérablement plus élevées en culture biologique que dans des exploitations gérées avec de forts apports d’intrants importés. Dans les zones tropicales arides, l’adoption de pratiques bio intégrant judicieusement des animaux dans le système de production peut améliorer les rendements comparé aux méthodes de production conventionnelles, ce que démontrent divers exemples (pour des informations plus détaillées sur les rendements des cultures biologiques en région tropicale, prière de consulter le module 1 de ce manuel).
Il faut toutefois savoir que les rendements dépendent d’une multitude de facteurs dont le type des semences utilisées, la qualité du sol, son mode de gestion, l’utilisation de fumier, le mode de lutte contre les ravageurs et les maladies et bien sûr de l’eau disponible et des conditions météorologiques plus ou moins favorables. Il est donc délicat d’émettre un jugement d’ensemble pertinent sur la manière dont le passage à l’agriculture biologique affectera les rendements à court, moyen ou long terme comparativement aux méthodes conventionnelles.
Dans les systèmes de production avec utilisation massive d’intrants de synthèse, les exploitants constatent généralement un déclin des rendements durant les premières années suivant une conversion au bio. Cette baisse accompagne généralement la restauration des propriétés naturelles du sol et l’assimilation par les exploitants des techniques de la gestion bio. Les récoltes augmentent toutefois de manière significative dès que le système agroécologique de l’exploitation est pleinement restauré et que les pratiques de l’agriculture biologique sont entièrement mises en œuvre. Les rendements retrouvent alors les niveaux qui étaient les leurs en gestion conventionnelle, voire les dépassent.
Les petites exploitations dépendant normalement des ressources produites sur place, elles n’ont pas les moyens d’acheter de coûteux intrants fermiers. Dans la plupart des cas, l’adoption des pratiques bio se traduit par des rendements meilleurs et plus assurés, ainsi que par une diversification des recettes en s’épargnant de lourds investissements en intrants.
L’agriculture bio génère-t-elle de meilleurs revenus ?
Ce qui compte finalement, ce ne sont pas en premier lieu les rendements, mais les revenus qui restent une fois que les produits ont été vendus et les frais de production payés. Les exploitants peuvent générer davantage de recettes avec l’agriculture bio en réduisant les coûts tout en garantissant la sécurité des récoltes. Par ailleurs, on peut gagner davantage en vendant les produits sur des marchés bio haut de gamme pour obtenir de meilleurs prix et en développant les produits à forte valeur ajoutée que demande le marché. Mais, comme déjà mentionné, il peut y avoir un décalage dans le temps entre le moment de la transition vers l’agriculture biologique et le plein rendement en mode bio. On recommande donc aux exploitants de procéder par étapes, d’introduire l’agriculture biologique progressivement et de diversifier la production en augmentant le nombre d’espèces cultivées et de produits animaux. Cela réduit le risque d’échec et permet d’absorber de possibles baisses des prix sur les marchés.
Pour les petits paysans, la conversion à la production biologique permet dans la plupart des cas d’améliorer et de stabiliser les revenus.
Les exploitations d’une certaine taille gérées de manière plus intensive doivent bien préparer leur conversion en sachant que les rendements diminuent normalement dans les premiers temps suivant la conversion. Il se peut donc qu’elles doivent trouver des sources de revenus alternatives pour compenser les pertes, alors que les frais totaux, en termes de travail requis, et pour certains intrants peuvent au début augmenter. Une fois achevée la phase de conversion, ces pertes peuvent se transformer en bénéfices, dès que des produits bio peuvent être vendus à meilleur prix, et que les intrants provenant de sources externes sont considérablement diminués.
Les produits certifiés bio se vendent souvent à de meilleurs prix. Toutefois l’accès au marché du bio peut s’avérer difficile, surtout dans les régions où la culture biologique est nouvelle. Les paysans devront parfois s’unir et promouvoir directement leurs produits bio afin d’attirer l’attention des consommateurs ou de contacter directement des acheteurs potentiels de produits bio dans les grandes villes. Vous trouverez plus d’informations sur les marchés des produits bio, le marketing et la certification ici.
Discussion sur l'économie de l'agriculture
Discutez avec les agriculteurs des questions suivantes :
- Quels coûts pensez-vous augmenter ou réduire en vous convertissant à l'agriculture biologique ?
- Comment pensez-vous améliorer le revenu de l'exploitation ?
- Est-ce en réduisant les coûts de production, en augmentant les récoltes, en améliorant la qualité des produits, en trouvant de nouveaux clients, en augmentant les prix des produits ou en effectuant d'autres changements ?







